Il se passe quelque chose du côté des imprimantes UV. En un an, ce marché confidentiel réservé aux professionnels est devenu le terrain de jeu le plus excitant du monde maker : la campagne Kickstarter de l’eufyMake E1 a battu le record absolu du financement participatif avec 46,7 millions de dollars, xTool vient de lancer son O1 Omni hybride UV et textile, et les projets s’enchaînent chaque mois. Mon article de présentation de la O1 Omni suscite d’ailleurs pas mal de questions de lecteurs, alors il est temps de faire le point sérieusement : voici mon grand comparatif des imprimantes UV de bureau en 2026, avec les prix, le coût réel des encres (le sujet que tout le monde oublie), et surtout pour qui chaque machine est faite.
Pourquoi l’impression UV explose en 2026
Jusqu’à récemment, imprimer en couleur directement sur un objet (bois, verre, métal, coque de téléphone) exigeait une machine professionnelle à 8 000 € et plus. Ce qui change en 2026, c’est l’arrivée d’une génération de machines de bureau entre 1 500 et 3 000 €, pensées pour les makers et les petites boutiques de personnalisation, avec des logiciels grand public et un entretien automatisé.
Le signal le plus fort, c’est évidemment le record eufyMake : 46,7 millions de dollars levés auprès de plus de 17 800 contributeurs, soit la campagne la plus financée de l’histoire de Kickstarter, tous produits confondus. Quand une imprimante UV détrône les montres connectées et les glacières high-tech au panthéon du crowdfunding, c’est que la demande est bien réelle.
Deuxième tendance de fond : les machines hybrides. La xTool O1 Omni, lancée officiellement le 16 juillet 2026, combine impression UV sur objets rigides et impression textile (DTF/DTG) dans une seule machine à deux têtes. Une approche « tout-en-un » qui vise directement les créateurs qui vendent sur les marchés et sur Etsy.
Comprendre l’impression UV en deux minutes
Le principe est simple : la machine projette de l’encre sur l’objet, et une lampe UV la polymérise instantanément. Résultat, l’encre sèche à la seconde et adhère sur presque tout : bois, verre, métal, acrylique, cuir, céramique. Trois déclinaisons à connaître avant de comparer :
- L’impression UV directe : l’objet est posé sur le plateau, l’encre est projetée dessus. Idéal pour les surfaces planes ou peu profondes.
- La texture 3D en relief : en superposant les couches d’encre, certaines machines créent un vrai relief (jusqu’à 5 mm chez eufyMake, 7 mm annoncés chez xTool). C’est l’effet « waouh » des tableaux texturés et des reproductions de peintures.
- L’UV DTF (transfert) : on imprime sur un film adhésif que l’on transfère ensuite sur l’objet, y compris courbe ou irrégulier (bouteilles, mugs, bougies). Indispensable dès que la surface n’est pas plane.
Ma méthode pour ce comparatif (et un mot d’honnêteté)
Je suis ce marché de près depuis plusieurs années et j’ai déjà consacré des articles de présentation à la plupart de ces machines, mais je n’en ai pas encore testé en profondeur sur mon établi : je vous le dis clairement, comme toujours. Ce comparatif s’appuie sur les spécifications officielles, les prix constatés, les retours d’utilisateurs disponibles après un an de commercialisation pour certaines machines, et mon expérience générale des machines de personnalisation. Pour chaque modèle, je vous renvoie vers mon article détaillé quand il existe. Et si un fabricant me lit : mon établi est prêt pour un vrai test.
Tableau comparatif : les imprimantes UV de bureau en 2026
| Machine | Prix indicatif | Zone d’impression | Texture 3D | Textile | Encre (par litre) | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|---|
| eufyMake E1 | ~2 299 € | A4 (plus rotatif en option) | Oui, jusqu’à 5 mm | Non | ~300 $ | Disponible |
| xTool O1 Omni | ~1 699 à 3 969 $ selon édition | 330 × 420 mm max | Oui, 7 mm annoncés | Oui (DTF/DTG) | ~83 à 112 $ | Lancée juil. 2026 |
| Longer ePrint (SE) | 1 999 à 2 699 € | A3 | Relief limité | Non | à confirmer | Précommande |
| HeyGears G1 | ~1 699 $ | A4 environ | à confirmer | Non | ~83 à 117 $ | Précommande |
| Epson SureColor V1070 | ~8 495 $ | A4 | Non (2,5D léger) | Non | ~550 $ | Disponible (pro) |
| Procolored F13 Pro / VF13 | ~1 500 à 3 000 € | A3 selon modèle | Variable | DTF UV | non publié | Disponible |
| Punehod A3 | moins de 1 500 € | A3 | Non | Non | non publié | Disponible |
Les prix mélangent euros et dollars US selon les données officielles disponibles ; pour les tarifs en dollars, comptez la conversion plus TVA et frais d’import éventuels. Tout bouge vite sur ce marché, vérifiez au moment de l’achat.
Le comparatif détaillé, machine par machine
eufyMake E1 : la valeur sûre du moment (~2 299 €)
C’est la machine qui a tout déclenché. Au-delà du record Kickstarter, l’E1 a un avantage décisif en 2026 : elle est disponible, avec un an de retours d’utilisateurs indépendants, ce qui est rarissime sur ce marché naissant. Sa spécialité, c’est la texture 3D jusqu’à 5 mm qui transforme une photo en tableau en relief, avec un rendu qui a bluffé la presse spécialisée. Ses encres sont certifiées GREENGUARD Gold (émissions chimiques contrôlées, un vrai plus pour travailler à la maison), et l’entretien est largement automatisé. Son talon d’Achille : le coût d’encre, autour de 300 $ le litre, parmi les plus élevés de cette sélection. À noter aussi que les livraisons Kickstarter ont connu des retards, un rappel utile sur le crowdfunding même quand le projet aboutit.
Points forts (sur le papier)
- Texture 3D jusqu’à 5 mm, rendu salué
- Disponible, un an de retours utilisateurs
- Encres GREENGUARD Gold, entretien automatisé
Réserves
- Encre chère (~300 $/L)
- Pas d’impression textile
- Zone d’impression A4 seulement

xTool O1 Omni : l’hybride qui veut tout faire (~1 699 à 3 969 $)
Je lui ai consacré un article de présentation complet au lancement, et c’est la machine la plus ambitieuse de cette sélection : deux têtes Epson F1080, l’une pour l’UV (objets rigides, relief annoncé jusqu’à 7 mm, effets lenticulaires et fluorescents), l’autre pour le textile en DTF/DTG. Autrement dit, une seule machine pour les mugs ET les t-shirts, ce qui parle directement aux créateurs qui vendent leurs produits. Autre atout : le coût d’encre annoncé (83 à 112 $ le litre) est parmi les plus bas du marché, presque quatre fois moins cher qu’eufyMake. En face, il faut accepter d’essuyer les plâtres : la machine vient tout juste d’être lancée (16 juillet 2026), les huit bundles s’étalent de 1 699 à 3 969 $, et le recul utilisateur est encore inexistant.
Points forts (sur le papier)
- Hybride UV + textile unique en son genre
- Encres parmi les moins chères (~83-112 $/L)
- Grande zone (330 × 420 mm), effets avancés
Réserves
- Toute récente, aucun recul utilisateur
- Tarification en bundles complexe
- Prix US, import à prévoir

Longer ePrint : le pari du format A3 (1 999 à 2 699 €)
Troisième acteur du trio grand public, Longer (que les lecteurs du blog connaissent bien pour ses imprimantes 3D et graveurs laser) joue la carte du format : là où eufyMake plafonne à l’A4, l’ePrint offre une zone A3, appréciable pour les plaques décoratives et les séries d’objets. Je vous en parlais dans ma présentation de la Longer ePrint : le positionnement tarifaire (1 999 à 2 699 € selon version) est agressif pour de l’A3. Restent deux inconnues à l’heure où j’écris : le coût des consommables, pas encore publié clairement, et la disponibilité réelle, la machine étant encore en précommande.
Points forts (sur le papier)
- Format A3 au prix de l’A4 des concurrents
- Prix en euros, distribution européenne
- Marque connue des makers
Réserves
- Encore en précommande
- Coût des encres non publié
- Relief limité face à eufyMake/xTool

HeyGears G1 : l’outsider au coût d’usage malin (~1 699 $)
HeyGears, venu de l’impression 3D résine, aborde l’UV avec un argument simple : le prix d’entrée le plus bas des marques établies (précommande à partir de 1 699 $) et des encres à 83-117 $ le litre, au niveau de xTool. Sur le papier, c’est le meilleur ticket d’entrée « sérieux » du marché. La réserve est la même que pour toute machine en précommande : il faudra confirmer la qualité réelle, le logiciel et le SAV européen à la sortie.
Points forts (sur le papier)
- Ticket d’entrée le plus bas (~1 699 $)
- Encres abordables (~83-117 $/L)
Réserves
- En précommande, aucun recul
- Réseau SAV européen à confirmer
Epson SureColor V1070 : la référence pro, pour situer le plafond (~8 495 $)
Je la cite pour la perspective : la V1070 est la première UV de bureau d’Epson, le géant historique du jet d’encre. Qualité et fiabilité de niveau professionnel, mais à 8 495 $ prix catalogue et environ 550 $ le litre d’encre, elle joue dans une autre cour, celle des boutiques établies qui facturent leur production à la pièce. Son existence dit surtout une chose : les machines grand public à 2 000 € offrent désormais une bonne partie de ce qui coûtait quatre fois plus cher il y a deux ans.
Procolored et les flatbeds « white label » : le piège du prix cassé
On me demande souvent si les imprimantes UV chinoises à prix cassé valent le coup, et notamment les Procolored que j’ai présentées par le passé (F13 Pro, VF13 Pro). Ma position en 2026 : prudence renforcée. La marque a connu en 2025 un épisode sérieux de logiciel distribué avec un malware (documenté par la presse spécialisée), et les retours d’utilisateurs décrivent des logiciels ardus et un SAV difficile. Plus largement, les flatbeds sans marque vendues 500 € de moins que les eufyMake et xTool se paient souvent en support inexistant et en pièces introuvables. Pour un achat aussi engageant, l’écosystème (logiciel, encres, SAV) vaut autant que la mécanique. Même vigilance pour l’entrée de gamme type Punehod A3 : intéressante pour découvrir, mais ne comptez pas sur l’accompagnement d’un eufyMake.
Le nerf de la guerre : le vrai coût des encres
C’est LE point que les fiches produit minimisent et qui devrait pourtant guider votre choix si vous comptez produire régulièrement. Récapitulons les prix publiés au litre :
| Machine | Prix de l’encre (par litre) |
|---|---|
| xTool O1 Omni | ~83 à 112 $ |
| HeyGears G1 | ~83 à 117 $ |
| eufyMake E1 | ~300 $ |
| Epson V1070 | ~550 $ |
| Procolored / white label | non publié clairement |
Faites le calcul sur un an de production : entre une machine à 85 $ le litre et une à 300 $, l’écart de consommables peut dépasser le prix d’achat de la machine elle-même. C’est l’arbitrage central du marché en 2026 : eufyMake vend la maturité et la texture 3D mais se rattrape sur l’encre ; xTool et HeyGears cassent le prix du consommable pour compenser leur jeunesse. Un « non publié » doit, lui, être traité comme un signal d’alerte.
Avant d’acheter : les 4 points de vigilance
L’encre blanche et l’entretien. C’est la plaie historique des imprimantes UV : l’encre blanche sédimente et bouche les têtes si la machine dort. Les modèles récents intègrent brassage et circulation automatiques (Smart Cycle chez xTool, système équivalent chez eufyMake), mais prévoyez d’imprimer régulièrement ou de suivre le protocole d’entretien à la lettre.
La ventilation. Même avec des encres certifiées (GREENGUARD Gold chez eufyMake, certification équivalente chez xTool), installez la machine dans une pièce aérée. C’est le même réflexe que pour la résine 3D.
Le logiciel. Une UV s’utilise à travers son logiciel de mise en page et de gestion des effets (relief, vernis, blanc). xTool Studio et l’app eufyMake tirent le marché vers le haut ; les machines white label vous laissent avec des RIP professionnels austères. Regardez des démonstrations logicielles avant d’acheter, pas seulement des photos d’objets finis.
Kickstarter n’est pas un magasin. Le record eufyMake ne doit pas faire oublier que même cette campagne modèle a livré en retard. Pour un outil de production destiné à générer un revenu, je conseille d’acheter ce qui existe, pas ce qui est promis.
Quelle imprimante UV choisir selon votre profil ?
Vous voulez produire dès maintenant, sans risque : eufyMake E1. Disponible, éprouvée, texture 3D unique, à condition d’accepter le coût d’encre.
Vous vendez objets ET textile (marchés, Etsy) : xTool O1 Omni, la seule à faire les deux, avec les encres les moins chères. Acceptez d’être parmi les premiers utilisateurs.
Vous visez le format A3 en circuit européen : Longer ePrint, en surveillant la sortie de précommande et le prix des encres.
Vous voulez le ticket d’entrée le plus bas chez une marque établie : HeyGears G1, à confirmer à la sortie.
Vous êtes une boutique établie avec du volume : l’Epson V1070 et sa fiabilité pro se justifient, à ce niveau c’est un investissement comptable.
Budget très serré : une white label type Punehod peut faire découvrir la technologie, mais en connaissance de cause sur le SAV et le logiciel.
Historique des mises à jour
- Juillet 2026 : première version du comparatif, état du marché à l’été 2026 (lancement xTool O1 Omni, eufyMake E1 disponible, Longer ePrint et HeyGears G1 en précommande).
Ce marché bouge extrêmement vite : je mettrai cet article à jour au fil des sorties, des baisses de prix et, je l’espère, de mes futurs tests de ces machines. Repassez le consulter avant un achat.
Pour conclure : un marché enthousiasmant, mais choisissez avec la tête
L’impression UV de bureau vit en 2026 ce que l’impression 3D a vécu il y a dix ans : des records de financement, des promesses spectaculaires, des marques qui surgissent de partout, et de vrais bons produits au milieu. Mon conseil tient en trois règles : privilégiez ce qui est disponible et documenté, calculez le coût d’encre sur un an avant de comparer les prix d’achat, et jugez le logiciel autant que la machine. Pour ma part, j’espère bien faire passer plusieurs de ces machines sur mon établi dans les mois qui viennent, et je mettrai ce comparatif à jour avec de vrais résultats.
Et vous, l’impression UV vous tente pour quel usage : décoration, personnalisation, petite production ? Dites-le moi en commentaire, ça m’aidera à prioriser les tests.


